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Aliénation parentale : Quand l’enfant aliéné développe des symptômes psychologiques similaires à celui de l’enfant abandonnique?

Qu’en est-il de son avenir mental en tant qu’adulte ?

On évoque finalement assez rarement la ou les pathologies mentales futures éventuellement développées par l’enfant aliéné dans le cadre de séparations très conflictuelles.

On parle de souffrance, on reste dans le vague souvent…

Cette maltraitance a des conséquences qu’avec le recul on peut commencer à mesurer empiriquement.

Il est donc grand temps de mettre un terme aux résistances des professionnels de la santé mentale (et ou de l’expertise psychologique ordonnée par les tribunaux dans le cadre de divorces hautement conflictuels), à observer, évaluer, reconnaître les faits de maltraitances psychologiques pour ce qu’ils sont et non au travers de fantasmes impalpables. Souligner et combattre l’hypocrisie des psychiatres et psychologues et même des parents ou éducateurs qui persistent à nier ces maltraitances est impératif. L’enfant n’est souvent perçu que comme un adulte de petite taille sur lequel on a tendance à projeter ses propres croyances et que l’on voit à travers notre prisme d’identité en principe construite alors qu’elle n’est qu’en devenir chez l’enfant ou l’adolescent.

Comme disait Adler (Le sens de la Vie) : « Il est évident que nous ne sommes pas influencés par les « faits », mais par notre opinion sur les faits ». Peut-être est-il temps de changer cette opinion et de regarder enfin les faits !

Et des faits, en tant que conseiller conjugal et médiatrice familiale, je commence à en avoir une sacrée collection.

Une collection suffisante en tout cas pour poser un certain nombre de questions et encourager une prise de conscience des acteurs de la justice de manière à réagir le plus rapidement possible dès lors qu’ils constatent qu’un enfant, pour des raisons fallacieuses, est séparé ou éloigné d’un de ses parents. Si le droit de visite n’est pas respecté, il y a toujours urgence.

Il faut réagir vite et il est possible de lire nombres d’articles qui vont vous parler du lien parental coincé dans une situation délétère où il ne peut que s’altérer irrémédiablement ou même complètement disparaître.

Mais on parle finalement peu de ce ces enfants deviennent si ce n’est à travers leur situation pragmatique : ils ne voient plus un de leurs parents, ils reprennent des contacts sporadiques, le lien est altéré ou il ne l’est pas… bref toutes les constatations tournent autour de ce qui fut et est devenu : le lien entre un parent et son enfant.

On parle aussi occasionnellement de l’état psychologique du parent écarté, de ses réactions parfois jugées intempestives ou inadéquates, trop prégnantes ou inexistantes, on parle de dépression ou de fuite, de choix ou d’empêchement à exercer son rôle de parent etc.

Mais quid de l’enfant ?

Actuellement en formation spécifique complémentaire sur le trouble borderline, je suis amenée à étudier des cas cliniques dont l’anamnèse de patients « états limites ».

Et me voilà frappée par le parallèle, comme une évidence, entre la symptomatologie du patient borderline qui fut abandonnique et de l’enfant aliéné par un de ses parents dans le cadre d’une séparation compliquée.

Le schéma des identifications corrélées aux symptômes de la problématique familiale est le même : il se fonde sur des critères archaïques d’appréciation binaire : bon-mauvais, bien-mal, beau-laid.

Plus encore, il place le parent écarté dans ce schéma, ne s’encombrant plus d’aucune nuance. L’enfant, privé de libre arbitre, s’engouffre dans cette appréciation binaire de ses deux parents : l’un est bon, l’autre est mauvais, l’un est affectueux, l’autre est méchant, l’un me nourrit bien, l’autre me prive, l’un m’a toujours aidé, l’autre m’a toujours abandonné.

Abandonné, le mot est lancé.

Car l’enfant, qui par l’emprise du parent aliénant est séparé de l’autre parent, n’est plus en réalité éloigné de ce parent ; il est maintenant abandonné. Du moins, c’est une part de son ressenti. Une ressenti qu’il exprime souvent d’ailleurs. Cet abandon supposé est mal vécu, mais toujours coincé dans cette binarité des perceptions, on entend régulièrement en expertise ou en médiation : il m’a abandonné mais j’en suis bien heureux !

On nage en plein paradoxe : il m’a abandonné mais heureusement car quel mauvais parent ! Il ne fait rien pour moi mais pourquoi ne fait-il pas ceci ou cela ?

Les reproches sont nombreux sur les manques mais en même temps, l’enfant ne veut surtout rien de ce parent diabolisé.

Dès les premiers abords du travail de médiation ou d’expertise, dans la pluridisciplinarité du travail des différentes équipes psycho judiciaires, les enfants renvoient aux adultes leur crainte de l’abandon. La singularité des cas donne des résultats pourtant presque universels dans la pathologie : les enfants aliénés sont souvent, voire pratiquement toujours des enfants à la symptomatologie abandonnique !

Et un travail de soin doit s’opérer au regard de la capacité de l’enfant à se décentrer ou non d’une quête de l’amour très singulière. Et si l’enfant doit se décentrer, il ne peut le faire qu’avec une justice musclée qui n’a pas peur de prendre des décisions rapides et concrètes, mettant fin à l’univers paradoxal et délétère où l’enfant perd prise avec ses ressentis réels et vit à travers son gourou : le parent aliénant.

L’état psychique de l’abandonnique est dominé par une peur viscérale de l’abandon, une angoisse irrépressible. Et cet état d’angoisse nait d’un moment dans l’enfance où un état chronique s’installe dans le cadre d’un manque.

On le définit comme étant un : État permanent d'insécurité datant de l'enfance, lié à la crainte, motivée ou non, d'être abandonné (C. Odier, G. Guex, 1950).

La crainte motivée ou non…

Dans le cadre d’une situation d’aliénation parentale, le parent aliénant n’aura de cesse que de motiver la crainte jusqu’à la rendre insupportable et lier d’autant plus l’enfant aliéné au parent « salvateur », celui qui est le seul à ses yeux à pouvoir le guérir de cette angoisse permanente de la perte, à le mettre sous emprise psychologique d’autant plus solide que l’enfant le perçoit comme la seule personne pouvant le délivrer de cette angoisse d’abandon.

Sauf que ce n’est que dans le discours du parent aliénant que l’enfant pourra tenter se rassurer.

Bien sûr, il entendra régulièrement : Mais je suis là pour toi, heureusement que moi je ne t’abandonne pas, tu peux compter sur moi…

Il n’en reste pas moins que l’enfant est devenu insécure et la pathologie abandonnique a creusé son nid dans une psychologie fragilisée par une situation délétère, par la perte du lien avec sa mère ou son père, par le sentiment d’abandon que rien ne peut effacer.

Et toute la symptomatologie de l’angoisse de l’abandonnique se construit sur l’angoisse qu’éveille tout ressenti d’abandon, réel ou fantasmé. Elle fait naître une agressivité envers l’autre parent mais aussi, plus tard, cette symptomatologie s’installant durablement, envers un entourage souvent décontenancé et impuissant devant ces troubles du comportement induits. Et bien entendu s’ensuivent alors la dévalorisation de soi, une perception tronquée ou carrément fausse de regard d’autrui sur soi, et dès lors, en cercles concentriques vicieux, l’agressivité ou le repli sur soi comme uniques réponses à ce mal être insupportable.

Chez l’abandonnique, cette privation d’amour dans l’enfance, comme chez l’enfant aliéné, ce ressenti de privation d’amour (le parent aime et manifeste son amour mais ne peut atteindre l’enfant sous emprise, du moins en surface, on peut toujours espérer sur la longueur que cet amour percole doucement) engendre une agressivité qui se manifeste par la vengeance : il faut faire subir à ce parent perçu comme le mauvais objet ce que l’on pense avoir subi soi-même : il faut menacer, faire mal, frustrer, insulter, abandonner de toutes les manières possibles, marquer des exigences inatteignables, demander de l’amour sans limite mais sans en donner et sans utiliser le vocabulaire de l’amour mais au contraire celui de la guerre, de la haine, ou rester passif à tout, quelques fois adopter une attitude passive-agressive, avec pour objectif de blesser tant que l’on peut, faire à l’autre plus encore que ce que l’on croit avoir dû endurer.

C’est ainsi que l’on voit des enfants se transformer en véritables petits monstres tant physiquement (les cas de maltraitances physiques de l’enfant envers l’adulte rejeté sont loin d’être rares) que psychologiquement, relayant ainsi efficacement la haine du parent aliénant envers le parent dont il sépare l’enfant.

Et oui, il y a bien là un comportement masochiste car, persuadé de renvoyer l’ascenseur et blesser le parent dit mauvais, « celui qui aurait abandonné », l’enfant aliéné se torture et se prive encore plus de ce parent qui l’aime et qu’il aime sans vouloir le reconnaître, se prive de l’amour dont il a tant besoin. Car c’est bien d’amour qu’il s’agit.

Encore faut-il pouvoir le vivre…

Face à cette privation d’amour non objectivement motivée, (rappelons que le parent éloigné ne refuse pas de donner son amour, c’est le parent aliénant qui fait croire à son enfant que cet amour n’existe pas, ou n’est pas donné, ou n’est pas digne de confiance ou encore, est dangereux), l’enfant est face à des ressentis différents de ce qui lui est proposé par le parent aliénant : si je suis privé d’amour, c’est que je n’en vaux pas la peine (position d’infériorité) ou si on ne m’aime pas, c’est que je suis méchant (position de culpabilité) .

Et c’est bien loin du discours du parent aliénant qui charge le parent éloigné pour s’approprier l’enfant. C’est l’enfant qui, instrumentalisé, porte la lourde charge de ce discours et altère sa santé mentale.

Car il est bien entendu que cela laissera des traces dans un parcours de vie aux débuts aussi chaotiques, au moment de la construction de la personnalité. Cet état psychologique de sentiment d’insécurité permanente lié à une peur irrationnelle d’être abandonné marque la vie à tout jamais si un traitement n’est pas rapidement mis en place, si la justice ne permet pas la reprise rapide des contacts entre l’enfant et le parent éloigné pour qu’il puisse être rassuré sur l’amour qui lui est de facto donné.

La demande d’affection pour combler un manque originel lors de la séparation traumatisante du passé tend à créer des personnalités pour qui il est compliqué voire impossible d’accepter de l’amour, de l’affection, ces dernières recréant alors les situations d’abandon, tout en n’en supportant pas la frustration.

Les relations amoureuses dans lesquelles l’abandonnique va se sentir mal et créer un scénario pour en échapper ou les détruire sont souvent répétées.

« Au Canada, on identifie parfois un syndrome d’abandonnisme, qui ne touche pas forcément des enfants réellement abandonnés, et peut apparaître à travers des vécus d’abandon qui peuvent être totalement indécelable par l’entourage.

Ce syndrome de l’enfant est caractérisé, entre autre, par le refus du contact ou de l’intimité, les reproches perpétuels aux parents, et une alternance de demande irrépressible suivie de dénigrement en cas d’obtention. « http://fr.wikipedia.org/wiki/Abandonnisme

Cette vision canadienne peut s’appliquer aux enfants qui subissent l’aliénation parentale car ils ne sont pas réellement abandonnés par leur parent : le parent éloigné est empêché d’exercer sa parentalité tant pragmatiquement dans les décisions de coparentalité qu’affectivement dans les manifestations d’amour à son enfant court circuitées par un parent aliénant à la dimension particulièrement pathologique. La souffrance qu’il engendre tant pour le parent empêché que pour l’enfant qui se perçoit rejeté, abandonné alors c’est lui qui, sous emprise, rejette et met à distance. A l’âge adulte, ce syndrome abandonnique peut évoluer vers un trouble de la personnalité borderline.

Le trouble de la personnalité borderline (ou trouble de la personnalité limite) est un trouble de la personnalité qui s’exprime une gestion des émotions défaillante, par des relations humaines très compliquées car les troubles de l’humeur et la violence imprévisibles sont ingérables au quotidien. Le manque de confiance en soi de même que des comportements agressifs et auto—agressifs de l’enfant abandonnique devenu adulte rendent sa vie sociale difficile et peu épanouissante.

Lors de l'absence ou la disparition d'un lien affectif important (hospitalisation, deuil d'un parent, aliénation parentale dans le cas qui nous occupe), le vécu abandonnique peut se traduire, chez l’enfant qui en souffre dès le plus jeune âge, s’il se sent abandonné (que ce ressenti corresponde à une réalité ou qu’il soit imaginé), par une profonde souffrance psychologique, une inquiétude, un mal-être et une insécurité affective lors de la rupture avec un être cher dès l’enfance.

A l'âge adulte, cette appréhension de nouer des relations avec les autres ou de construire une vie de couple, par peur d'être rejeté et abandonné reste un poids que l’adulte continue de porter.

La personne victime d'un vécu abandonnique a besoin d'être rassurée en permanence dans ses relations avec les autres, ce qui peut avoir des conséquences dans sa vie quotidienne : l'estime de soi souvent fragile fait penser à la victime de l’abandon présumé qu'elle n'a pas de valeur et qu'elle ne mérite pas d'être aimée.

Une raison de plus pour les tribunaux de traiter l’aliénation avec diligence, compétence et attention : le temps n’arrange pas les choses, il les détériore !

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Partager 6 commentaires Sébastien TERTRAIS, visuel Sébastien TERTRAIS 2 ans
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Votre article est exceptionnel. On devine de multiples observations, le passage de l'étonnement à l'analyse et la synthèse, très expérimentée. Merci à vous. Je vais ajouter votre article dans les références de celui-ci, publié en février : https://sebastientertrais.com/conflits-de-loyaute-phenomenes-demprise-ou-syndrome-dalienation-parentale-apres-une-separation/

J’aime Réagir 1 réaction 2 réactions Nathalie DUBOSQ, visuel Nathalie DUBOSQ 2 ans
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Son père l'a chassée de chez lui en 2018. Pourquoi ne revient-elle pas vers moi alors qu'elle ne veut plus le voir ?

J’aime Réagir 1 réaction Nathalie DUBOSQ, visuel Nathalie DUBOSQ 2 ans
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J'ai perdu ma fille chérie aliénée par son père et j'en suis malade. Je pense à elle chaque jour et je suis totalement impuissante. Je ne sais pas quoi faire. Elle a 26 ans et cela fait 11 ans que cela dure. Je l'aime plus que tout au monde. 

J’aime Réagir 1 réaction 2 réactions Sylvie Bernard, visuel Sylvie Bernard 7 ans
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Ah ce sacré sentiment d'abandon, que de dégats !!!!

J’aime Réagir 3 réactions 4 réactions Voir plus de commentaires

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