CNP Assurances – La Banque Postale : Dernière étape Pour Le ...

L’Argus de l’assurance. L’OPA simplifiée vient de se clore. Votre objectif est-il atteint ?

Philippe Heim. Oui, absolument. Cette OPA conclut le projet de création d'un grand pôle financier public, initié en 2018 sous l’égide de La Poste et de la Caisse des dépôts. Après la première étape baptisée « Mandarine » à l’issue de laquelle La Banque postale (LBP) détient une participation majoritaire dans le capital de CNP Assurances à hauteur de 62%, et du rachat de la participation de BPCE dans CNP Assurances, l’OPA simplifiée nous permet de monter à près de 98 % du capital. Malgré les vicissitudes du marché, cette deuxième étape dite « Concorde » est donc un vrai succès et elle s’est traduit, le 20 juin, par un retrait de cote. La dernière étape dite « Artémis » de ce projet consistera à apporter les sociétés de LBP assurances à CNP Assurances, qui deviendra notre vecteur assurantiel unique avec une offre complète d’épargne et d’assurance non vie. La construction de ce groupe de bancassurance sera terminée.

Pourquoi était-il important pour LBP de passer de 85,25 % à 100 % du capital de CNP Assurances ?

P. H. Cette opération est centrale car elle concrétise un alignement d’intérêts parfait entre nos deux groupes. La cotation de CNP Assurances, qui remonte à 1998, n’a pas eu l’intérêt attendu, constituant non seulement une charge de travail pour le management mais surtout un levier stratégique de financement jamais utilisé. Enfin, le retrait de cote permet à LBP de rapatrier davantage de revenus pour financer la croissance du grand pôle financier public.

De Mandarine à Artémis

  • Projet Mandarine : la CDC monte au capital de La Poste en apportant 62 % de CNP Assurances à La Poste, qui les transmet à LBP (mars 2020)
  • Projet Concorde : à la suite du rachat de la participation de BPCE dans CNP Assurances et de son OPA, LBP détient près de 98 % du capital de CNP Assurances et annonce un retrait de cote de l’assureur (juin 2022)
  • Projet Artémis (à venir) : la Banque postale apporte à CNP Assurances ses activités santé, prévoyance et IARD (850 salariés)

Stéphane Dedeyan. L’opération Mandarine a nettement simplifié notre actionnariat. Le retrait de la cote supprimera d’autre part les contraintes liées à la cotation en Bourse alors que nous n’avons jamais profité de ses avantages puisque nous avons toujours très bien financé notre croissance par de la dette subordonnée.

La sortie de cote de CNP Assurances va-t-elle modifier sa stratégie ?

S. D. Le retrait de cote n’aura aucun impact sur notre stratégie bâtie sur un modèle multi partenarial et international qui va se poursuivre. La simplification de l’actionnariat donne plus d’agilité à la gouvernance et constitue une opportunité d’accélérer sur nos ambitions de conquête à l’international et en France au service de tous nos clients et partenaires. Je suis l’un des assureurs les plus heureux de la place : équiper les clients de LBP représente un potentiel de croissance immense sur un marché français très mature et concurrentiel. Notre taux de pénétration – c’est-à-dire la proportion de clients bancaires équipés au moins d’un produit assurantiel du groupe – devrait ainsi largement progresser.

P. H. LBP s’est lancé dans l’assurance de biens et la protection début 2010, en nouant des partenariats. Nous sommes un nouvel entrant sur ces marchés mais les taux de pénétration et de capture sont très bons, notamment en assurance emprunteur où 75 % de nos clients équipés le sont avec un produit CNP Assurances. Un des résultats concrets du projet Mandarine est la transformation de la collecte d’assurance vie, où le taux d’UC est passé de 17 à 31%.

Quelles synergies vont se mettre très concrètement en place entre LBP et CNP Assurances ?

P. H. Les synergies commerciales sont évidentes : nous gagnons en efficacité de fonctionnement pour une meilleure pénétration commerciale dans le réseau. De plus, le rapprochement permet un renforcement de l’intégration des fonctions de contrôle. Enfin, CNP Assurances est un acteur plus pertinent pour animer les métiers d’assurance et le groupe pourra s’appuyer sur ces activités à l’international pour conclure d’autres partenariats.

S. D. Depuis la mise en œuvre du projet Mandarine, nos relations sont passées de celles de partenaires à collègues travaillant au service de clients communs. La synergie est énorme, d’autant plus sur un marché ultra concurrentiel où l’expérience client maitrisée sur l’ensemble de la chaîne de valeur est déterminante. Depuis le début de l’opération Concorde, nous avons lancé ensemble des initiatives en matière de data ou de développement de l’expérience client « de bout en bout ». Enfin, devenir un assureur complet permet de combiner le meilleur des deux mondes, le temps long de l’assurance de personnes (épargne, retraite, emprunteur) et le temps réel du secteur de l’assurance dommages. En mélangeant ces deux cultures, nous gagnons en agilité et multiplions les opportunités d’innovation.

Le contexte économique ne contrarie-t-il pas votre développement ?

P. H. Nous vivons un changement majeur de régime de politique monétaire. Après un cycle multi décennal de baisse des taux, devenus négatifs l’an passé, l’OAT a passé le seuil des 1,85 %. L’inflation elle aussi remonte à son niveau le plus haut depuis 1985. Ce contexte donne encore plus de sens à notre métier de bancassureur. Même s’ils remontent, les taux restent par exemple très favorables pour réaliser un projet immobilier ou souscrire un crédit à la consommation. En épargne, le devoir de conseil sera primordial dans les mois à venir pour accompagner les arbitrages entre fonds euros et unités de compte.

S. D. En assurance, les taux bas ont longtemps constitué une préoccupation, leur remontée n’est pas un problème. Tant qu’elle est lente et progressive, c’est au contraire une très bonne nouvelle pour le secteur. Si la tendance se confirme, les assureurs vont passer d’une logique de dotation de la provision pour participation aux bénéfices (PPB) à celle d’une reprise de cette PPB. Toute la question sera de savoir à quelle vitesse opérer ce virage : faut-il changer de stratégie sans transition ou, au contraire, faut-il passer par une phase neutre sans dotation ni reprise de PPB ?

Est-ce que vos annonces rapides sur l’emprunteur ne traduisent pas une certaine fébrilité vis-à-vis des effets de la loi Lemoine ?

S. D. La réforme s’articule autour de deux piliers : la résiliation à tout moment et la suppression du questionnaire de santé pour les prêts de moins de 200 000 €. C’est un vrai défi pour les acteurs pratiquant une forte sélection mais notre modèle repose au contraire sur une très large mutualisation qui nous permet d’accepter des risques dits aggravés de façon plus fluide et de rendre l’assurance plus accessible. En ce sens, la réforme, que nous avions anticipée en partie, n’implique pas de changement de notre modèle très mutualisant et inclusif. Elle nous permet même d’aller plus loin en gelant nos tarifs et en supprimant les surprimes pour les cas de risques aggravés de niveau 2. C’est une décision qui va plus loin que la loi Lemoine et est en ligne avec notre raison d’être.

P. H. Nous nous étions préparés à l’avance à ce véritable tournant. Nous l’avons abordé de manière responsable, en ligne avec nos valeurs et nos convictions de banquier assureur citoyen. Cette réforme introduit une asymétrie d’information qui aurait pu être préjudiciable aux assureurs mais la mutualisation est inhérente à notre activité et nous avons fait le choix de ne pas pénaliser nos clients.

Lors de l’OPA simplifiée, le comité ad hoc a regretté un manque de précision « sur l’intégration des activités non vie de LBP, y compris quant aux conséquences pour les collaborateurs de CNP Assurances ». Avez-vous avancé sur ce chantier, dans ses modalités et son tempo ?

P. H. Toute opération boursière complexe nécessite d’exécuter les étapes dans un ordre défini. On ne pouvait pas mener de front l’OPA sur CNP Assurances tout en changeant son périmètre d’activité. Des questions se sont posées à l’annonce de l’OPA sans que nous ayons toutes les réponses. Dès qu’elles seront tranchées, nous donnerons la primeur aux organisations représentatives du personnel. Nous sommes au travail et notre souhait est de franchir des jalons importants dans l’intégration des activités assurance de LBP au sein de CNP Assurances d’ici à la fin de l’année.

Des inquiétudes demeurent, elles ont été notamment exprimées lors du mouvement social sur les salaires…

S. D. Pour ce qui concerne les négociations sur les salaires, nous avons signé le 1er mars dernier avec les organisations syndicales un accord qui combine des augmentations générales progressives en fonction du niveau de salaire pour soutenir le pouvoir d’achat, des augmentations individuelles pour récompenser l’engagement individuel et des primes.

Pour ce qui concerne l’annonce, forcément soudaine, de l’OPAS, elle a logiquement soulevé des interrogations chez les collaborateurs de CNP Assurances. Elle a néanmoins fait l’objet de nombreuses concertations et dialogues au sein du groupe. Les représentants du corps social ont émis un avis unanime sur l’OPAS et en ont bien saisi l’intérêt industriel du projet. Maintenant la route est dégagée et nous allons mettre les bouchées doubles pour accélérer l’accueil des 850 salariés des sociétés de LBP Assurances.

P. H. Tout au long de l’OPA, nous avons pris le temps d’échanger avec les partenaires sociaux. En décembre, nous avons mené une information consultation des instances représentatives du personnel nullement requise. Ce dialogue s’est achevé par un avis positif du CSE de CNP Assurances, qui a souligné l’alignement d’intérêts du rapprochement. Si l’opération a pu faire naître des interrogations, sa rationalité a bien été comprise.

La présence de La Mutuelle Générale au capital de LBP Assurance Santé constitue-t-elle un obstacle à l’intégration des activités non vie de LBP ?

S. D. La Mutuelle Générale a beaucoup d’affinités avec le grand pôle financier public. Sa présence au capital de LBP Assurance Santé fournit l’occasion d’approfondir le dialogue avec elle. Avoir la mutuelle des postiers dans notre écosystème est indéniablement un atout.

Quels sont les projets de croissance externe à l’international pour le nouveau groupe de bancassurance ?

S. D. Nous comptons conforter nos relations avec nos partenaires historiques en Italie et au Brésil notamment mais aussi nous y développer en modèle ouvert. Plus généralement, l’Amérique latine, où les possibilités de développement sont très importantes, est une priorité. Tout comme l’Europe où, au-delà de l’Italie, nous sommes déjà présents en Espagne, à Chypre, à Luxembourg et en emprunteur dans douze pays grâce à notre partenariat stratégique avec Santander Consumer Finance établie en Irlande et qui exerce en LPS. Bien sûr, nous ne nous interdisons aucune autre géographie si des opportunités se présentaient sur d’autres continents.

P. H. Se développer à l’international en tant que banquier et assureur, producteur et distributeur, a beaucoup de sens. Acquérir un réseau de distribution retail à l’étranger peut être payant. Il faut être néanmoins conscient que le modèle est bouleversé par la montée en puissance du digital.

S. D. Nous croyons au modèle de bancassureur qui a fait ses preuves en France, en Amérique latine et en Italie. C’est un pari totalement gagnant : la proximité avec le client que procure l’exercice des deux métiers est très profonde. La valeur se crée dans la qualité de la relation client. Nous pouvons l’exporter à l’international.

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