Jouer Des Gammes Au Piano – A Quoi ça Sert

Jouer des gammes au piano – A quoi ça sert

« Faire ses gammes », faire des gammes au piano. Ce n’est pas qu’une expression.

Les débutants diront : je n’ai jamais fait de gamme, je n’en ai pas encore l’utilité.

Les pianistes qui ont tenté et qui sont sceptiques diront : ça ne me sert pas et je perds du temps.

Les volontaires diront : mon professeur me demande d’en faire quelques fois avant de jouer. C’est pour moi, comme un entraînement.

Et les plus enthousiastes et férus de gammes diront : c’est très important. Les gammes m’aident à mieux jouer et à progresser.

Et moi je dis : vous avez certainement tous raison !

Retrouvez tous les autres conseils pour apprendre le piano.

Quand on est amateur, débutant, il faut faire du piano selon ses objectifs et ses envies. Les gammes ne seront pas indispensables pour toutes les pratiques. Vous n’êtes pas obligé d’en faire tous le temps non plus si cela fait plusieurs années que vous avez commencé le piano.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’une gamme ?

  • Une gamme est avant tout une suite de notes.
  • Cette suite de notes répond à une logique : les sons appartiennent à une même tonalité (pour que ceux-ci soient harmonieux entres eux).
  • Les notes peuvent être voisines ou espacées par un intervalle. La gamme chromatique couvre l’ensemble des notes demi-ton par demi-ton.
  • Les notes sont dans le même mouvement : on monte ou on descend la gamme.
Gamme de Do majeur aux deux mains

Gamme de Do majeur aux deux mains. La montée puis la descente.

Voyons à présent à quoi peuvent bien servir les gammes. On commence donc par les points utiles.

Si vous débutez, voici spécialement une présentation de trois premières gammes que vous pouvez travailler : gamme de Do, Si et Ré bémol majeur

Faire des gammes pour apprendre et progresser au piano

Des gammes pour la technique. La technique est un mot un peu scientifique au piano qui cache pas mal de choses.

La technique du délié

Les gammes aident au délié. Le délié est l’indépendance entres les doigts.

Grâce au délié, vous articulerez mieux entres les notes. Vous aurez aussi plus de force dans les doigts pour ressentir et exercer la bonne pression sur la touche.

Le délié aide donc à développer l’articulation et l’agilité. Vous serez aussi moins maladroit avec les doigts les moins forts, le 4ème et le 5ème.

La façon de jouer les gammes aide à cela car tous nos doigts s’exercent de la même façon quand on fait une gamme.

Tous les doigts sont en mouvement :

  • Les doigts les plus faibles, les 4ème et 5ème doigt. En jouant des morceaux « standards », ces doigts ne jouent pas tout le temps. A la longue, on peut perdre de la vigueur si on ne joue pas quelques gammes. D’autres exercices spécifiques aident à renforcer ces doigts. C’est le cas du livre d’exercices Hanon.
  • Le pouce : lorsque vous montez ou descendez une gamme, le pouce est sollicité et vous serez amené à faire un « passage du pouce ». Ceci permet de lier les notes de la gamme. Ce passage du pouce peut être différent selon la gamme. On passe par exemple le plus souvent sous le 3ème ou le 4ème doigt.

On travaille la main gauche

Quand on apprend une gamme, on fait en général une main seule. La main droite seule puis la main gauche seule. On monte donc et on descend la gamme, mains séparées.

Notez déjà, si vous avez plus de difficultés à la main gauche, qu’est-ce qu’on fait logiquement ? On joue plus longtemps de cette main. Donc on travaille plus la main gauche si c’est votre main la plus faible (mais ne vous fatiguez pas trop quand même, il ne faut pas que cela entraîne trop de tension ou une douleur).

Puis quand on se sent prêt. On rassemble les deux mains.

Les deux mains ensemble, on continue de faire travailler la main gauche autant que la main droite. Et puis on coordonne.

Un peu de coordination

La coordination au piano est une étape vers l’indépendance des deux mains.

En travaillant des gammes mains ensemble, on s’entraîne à bien coordonner. Les mains jouent donc de manière parallèle. Les doigts aux deux mains tombent en même temps sur la touche, jouant la même note, et jouant à la même vitesse.

On peut varier la façon de jouer une gamme dans l’objectif de travailler la coordination et l’indépendance :

  • jouer à différents tempos
  • jouer avec différentes nuances : et pour l’indépendance, jouer une main Forte quand l’autre joue Piano
  • jouer avec des accents différents : une main lie les notes quand l’autre joue piquée

Ces deux dernières pratiques demandent une plus grande indépendance entre les deux mains. Ce ne sera pas une priorité quand on débute dans les gammes.

Au départ, on sera simplement concentré sur la réussite de la gamme : les notes, mémoriser les bons doigtés (si les doigts jouent les mêmes notes, les doigtés sont souvent différents comme les mains sont symétriques), faire l’aller-retour (montée-descente), jouer en même temps des deux mains.

Les altérations

C’est une certitude : après la gamme de Do majeur, la deuxième gamme que vous jouerez sera altérées.

Beaucoup de gammes contiennent des altérations, ce qui vous fera jouer sur des touches noires. Il faudra tendre les doigts pour jouer ces touches alors que les doigts sont plus arrondis sur les touches blanches. Avec les altérations, le délié et l’agilité sont toujours mis en avant. Quand on alterne touches blanches et touches noires, il faudra viser juste :

  • car l’espace entre touche blanche et noire est différent
  • la largeur elle-même d’une touche noire est plus fine
  • il faudra donc chercher de la profondeur dans le clavier pour jouer ces touches noires

Je vous conseille la gamme de Fa# majeur. Il y a six dièses à la clé. Ne pensez pas que c’est compliqué. Au contraire, vous vous sentirez peut-être plus à l’aise que sur la gamme de Do.

Mais (il y a un mais), les gammes ne permettent pas tout.

Pas de lecture

Bien sûr, la première fois qu’on s’entraîne sur une gamme, on est bien obligé de lire les notes. Mais après quelques exécutions, ce n’est que répétition.

On automatise assez vite une gamme pour la jouer par cœur.

Par contre, on ne fait aucun travail de lecture, de déchiffrage ou de travail sur les doigtés. Quoique certains passages de gamme nous font automatiser certains doigtés (c’est le cas lorsqu’on passe le pouce ou que l’on joue une gamme en tierce).

On a vu plusieurs aspects positifs des gammes. Vous avez aussi le droit ne pas aimer ou de ne pas jouer de gammes. Cela ne vous empêchera pas de bien jouer du piano.

Je n’ai pas d’intérêt à jouer de gammes

Une question de temps et d’intérêt

D’abord, faire des gammes est répétitif. Quand on n’a pas trop le temps de jouer du piano, mieux vaut se concentrer sur de vrais morceaux.

Les gammes n’aident pas à lecture des notes. Elles n’aident pas trop non plus au travail de l’expression et du son. Si vous voulez travailler l’interprétation, les nuances, c’est mieux de le faire sur une véritable oeuvre, avec toutes les indications qu’il faut pour y parvenir.

Je peux aussi m’exercer sur des morceaux

C’est l’argument principal des non pratiquants des gammes. Cela se tient. On peut tout à fait travailler son délié sur des morceaux.

Mieux, un passage d’un morceau permettra de travailler un point technique bien précis. Des tierces, des notes piquées, des triolets, et aussi de véritables gammes à l’intérieur d’un morceau.

Vous ne souhaitez pas jouer de gammes. Il n’y a pas de problème. Vous faites avant tout du piano pour le plaisir et pour faire de vrais morceaux et non des exercices.

Des gammes pour l’échauffement

Même lorsque nous ne sommes plus tout jeune débutant, les gammes peuvent encore servir.

Elles servent à s’échauffer. Elles sont dans ce cas jouées quelques minutes avant de démarrer une répétition. A la méthode d’un sportif, on échauffe alors les articulations des doigts, les poignets, les mains…

Ce que je faisais par exemple pendant mes premières années de piano. Je jouais la gamme de la tonalité du morceau que je travaillais. Ceci afin de m’imprégner des altérations et pour me faire un petit échauffement musical. Avant d’en arriver là, j’avais répété des gammes pendant plusieurs mois comme autant d’exercices. Ces gammes, je les avais travaillées avec le Hanon. La fin du livre présente les principales gammes majeures et mineures.

Exemple : On regarde l’armure du morceau que l’on travaille, il y a 3 bémols à la clé => on joue la gamme de Mi bémol majeur ou la gamme relative mineure Do mineur (avec un Si bécarre). On fait la gamme quelques fois (il n’y a pas besoin de la jouer 50 fois), les deux mains ensemble, on monte puis on descend plusieurs fois. On joue d’abord lentement, on peut jouer plus vite après quelques allers-retours. On s’assure que les mains restent ensemble, que les attaques sont assurées (qu’un doigt ne glisse pas). Que l’ensemble, doigts, mains, poignets, parviennent à un bon mouvement latéral sur le clavier, exécuté avec souplesse (et sans tension). Puis on commence le morceau.

Cela n’est qu’une façon de faire des gammes. En premier, comme un exercice pour apprendre à articuler les notes. Puis ou avec le temps, comme un échauffement.

Aujourd’hui, après plusieurs années de piano, je ne ressens plus le besoin de faire des gammes comme des exercices. Néanmoins, il m’arrive de conserver le reflex de jouer une gamme avant d’attaquer un morceau. Je m’assure ainsi de bien lire les altérations à la clé. J’aurais aussi toujours besoin de re-muscler un peu le 4ème et 5ème doigt qui peuvent manquer de précision sur certains passages plus techniques.

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