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Par Guénaël LEMOUÉE

Publié le 15/04/17 à 12:53 - Mis à jour le 15/04/17 à 13:06

CommenterPartagerDevant une centaine de personnes réunies au bar du GTP, Pierre Nehr a expliqué l'art très français de l'archet.

Devant une centaine de personnes réunies au bar du GTP, Pierre Nehr a expliqué l'art très français de l'archet.

Photos cyril sollier

Aix-en-Provence

Les frères Nehr font partie des derniers archetiers. Hier au GTP, ils animaient le Salon de musique du festival de Pâques

On se croirait dans Les Passagers du vent. Ou Rouge Brésil. Embarqués dans une époque oubliée de bois exotiques, de trésors en forme de nacre, d'écailles de tortue ou d'ivoire d'éléphant, de poussière d'or. Ce monde d'un autre monde, c'est l'univers de Jean-Pascal et Pierre Nehr, frères de sang et de savoir-faire, qui animaient hier après-midi, heureux de faire une petite infidélité à la solitude de leurs ateliers, le Salon de musique du Festival de Pâques, devant une centaine de personnes réunies au Grand théâtre de Provence.

Les Nehr font partie des derniers représentants d'une profession mieux qu'oubliée, totalement méconnue : la petite confrérie des archetiers, les fabricants d'archets, bien distincts de leurs cousins luthiers. Les archetiers, eux, ne créent pas d'instrument, ne travaillent pas les mêmes essences, croisent à peine un violon, si ce n'est par musicien-client interposé.

Jean-Pascal, l'aîné, travaille rue Davso, à Marseille. Pierre dans un petit atelier parisien. Tous deux ont grandi à Aix, fils de l'acteur Jean Nehr. Le grand frère a appris les bases du métier à la fin des années 70 à l'école d'archèterie vosgienne de Mirecourt. Laquelle a disparu quelques années plus tard, avec la mort de son maître artisan, Bernard Ouchard. Faute d'école de secours, Pierre a appris l'art de l'archet chez son frère, pendant cinq ans. 

"On est une drôle de profession, avec un CAP, mais sans école" 

"On est une drôle de profession, avec un CAP, mais sans école, note Pierre Nehr. Quand on veut apprendre l'archet, on l'apprend désormais entièrement chez un archetier." Combien en reste-t-il en France. "Pas plus de trente, sans doute moins", estime Pierre. Les matériaux nobles et rares de la spécialité sont rares et onéreux. Les gâcher en essais n'est donc pas une option. "Former un apprenti coûte cher au maître d'apprentissage, poursuit l'archetier parisien. On a plein de demandes, mais on ne peut pas prendre beaucoup de monde."

Le matériau ? Commençons par le coeur de l'archet, une essence unique, aux reflets cuivrée, orangée ou acajou, le "bois de braise" qui a donné son nom à l'immense Brésil : "Nos archets son en pernambouc, un arbre du Nordeste au Brésil qui est désormais très protégé", confie Jean-Pascal Nehr. Avec d'autres archetiers, il a créé une association qui finance la replantation de pernambouc. Au Brésil, un commissionnaire chasse le pernambouc de récup', vieilles poutres, anciens bancs publics, pour les archetiers. Certains des bois que travaillent les frères Nehr ont ainsi cent, deux cents ans. En permanence, Jean-Pascal stocke comme un Harpagon prévoyant : "J'ai environ 600 baguettes en rotation dans mon atelier pour dix à quinze archets fabriqués par an." La peur de la pénurie, la nécessité du choix. Même chose pour l'ébène de Maurice ou Mada, bois à la densité inégalable mais tout aussi contingenté, dont les deux frères font les hausses. Une boule de billard en ivoire récupérée dans une brocante sera utilisée longtemps à raison de 2 g par archet. La mèche (la partie qui porte sur les cordes) remonte la vieille route de la soie et vient de crins d'étalons de Sibérie ou de Mongolie.

Reste ensuite l'art précis de l'artisan. Un héritage purement français, on le sait peu. La légende de la lutherie est italienne grâce à Crémone et Stradivarius. Celle de l'archet est parisienne et a pour nom François-Xavier Tourte (1747-1835), dont les frères Nehr s'inspirent toujours. "Cette tradition, c'est ce qui explique que les archets français s'arrachent partout dans le monde dans les ventes aux enchères", assure Pierre Nehr.

Dit autrement par le jeune violoncelliste Jean-Baptise Maizière, présent hier au Salon de musique et récipiendaire d'un tout neuf archets Nehr (lire ci-dessus), c'est l'idée que, "instrument et archet, c'est du 50-50 dans le rendu sonore. L'archet, il faut l'imaginer comme un prolongement du bras du musicien. Meilleur est l'archet et plus ce prolongement devient naturel, s'oublie et fonctionne."

La qualité, à un tel niveau, a un coût. Prohibitif pour le musicien amateur. Plusieurs milliers d'euros pour un archet. "Ça peut monter jusqu'à 10 000 €", précise Jean-Pascal Nehr. C'est, outre la noblesse des matériaux employés, la rançon de deux semaines d'un travail de bénédictin, huit heures par jour, sans aucune mécanisation des gestes hormis une étape faite au petit tour de précision. Pour arriver, pour un archet de violon, à un trésor immuable de 60 g pour 73 cm "et qui pourra durer deux cents ans si on sait en prendre soin".

Toujours les mêmes proportions, toujours les mêmes gestes pour un objet pourtant à chaque fois unique. C'est le tour de magie de l'archetier.

Le prix du jeune musicien du territoire

Les frères Nehr ont remis cette année quatre archets de leur fabrication à quatre élèves ou anciens élèves du Conservatoire d'Aix. Le geste, soutenu comme chaque année par le CIC, vient compléter le don de quatre instruments (deux violons, un alto, un violoncelle), créations du prestigieux luthier parisien Pierre Barthel.

Cette mise en avant de savoir-faire croisés (celui des jeunes musiciens, celui de trois artisans français confirmés) a permis à Bilal Al Nmer (lauréat 2013), Tess Joly (2014), Jean-Baptiste Maizière (2015) et Alycia Gustave (2016) de jouer sur des instruments totalement hors de leur portée sans cette opération. Ils forment désormais le Quatuor d'Aix, qui s'est produit le 7 avril en préambule du festival de Pâques, munis de leurs instruments Barthel et de leurs archets Nehr.

 

 

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