Les Bases De L'héraldique
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L'écu est la pièce centrale des armoiries. C'est ce qui nous occupera ici ; vous trouverez cependant au bas de cette page une description des ornements extérieurs. Le blason est le dessin de ce qui est inscrit dans l'écu. Le blasonnement est la description du blason, régie selon des règles strictes permettant de reconstituer mentalement ou de dessiner les armoiries dans tous leurs détails. Le vocabulaire de l'héraldique est très précis, mais vaste et touffu. Voir mon glossaire illustré de près de 600 termes héraldiques et les liens en bas de page.
Les couleurs Elles sont au nombre de huit(1), dont les deux dernières (pourpre et orange) sont peu employées. On distingue :
Deux métaux :
- Or = jaune
- Argent = blanc
Les émaux :
- Gueules = rouge
- Azur = bleu
- Sable= noir
- Sinople = vert
- Pourpre = violet
- Orange
- Carnation
- Or = RGB 252 239 60
- Argent = RGB 255 255 255
- Gueules = RGB 226 10 10
- Azur = RGB 20 20 240
- Sable= RGB 0 0 0
- Sinople = RGB 30 160 30
- Pourpre = RGB 170 60 220
- Orange = RGB 255 130 0
- Carnation = RGB 240 180 170
Pour la gravure (imprimerie en noir et blanc, chevalières), un code de hachures est utilisé comme dans l'image de droite. Une couleur supplémentaire, dite "carnation", plus récente et peu héraldique, est destinée à représenter les parties nues du corps humain. On voit aussi parfois l'expression "au naturel" : les meubles (figures, voir ci-dessous) dits au naturel sont ceux qui sont représentés avec la couleur qu'ils tiennent de la nature. Cela s'applique surtout, en plus du rose "carnation', aux couleurs brunes et grises. Sauvage au naturel
Cigogne au naturel
Vair
Hermine
Les fourrures, au nombre de deux, s'ajoutent aux couleurs ci-dessus. Il s'agit de l'hermine — que vous connaissez dans les armoiries de la Bretagne ci-contre — et du vair, ici "vairé d'azur et d'or". Les pièces honorables et partitions
Les parties principales de l'écu sont montrées dans l'image de droite. Les partitions sont les divisions géométriques de l'écu. Elles sont nombreuses. Un petit nombre d'exemples ci-dessous :
Pièces honorables : elles sont appelées ainsi parce qu'elles occupaient le rang le plus honorable dans l'écu que portaient les plus nobles chevaliers. Ce sont la fasce, le pal, la bande, la barre, le sautoir, le chef, le chevron, la bordure, la croix et l'orle.
Partitions : ce sont les divisions de l'écu. Vous ne voyez ici que les plus courantes.
Dextre et senestre
Question : Pourquoi le flanc dextre est-il à gauche et le senestre à droite ? Réponse : Parce que l'écu se regarde comme une figure humaine : la dextre de l'écu est à droite pour celui qui le porte, mais à gauche pour celui qui le regarde.
Les meubles
Ce sont les figures dessinées sur l'écu. Elle sont fort nombreuses, et reflètent l'imagination de l'inventeur du blason. Dans presque tous les blasons que j'ai dessinés (voir les pages Blasons et Illustrations, j'ai créé ou remanié à ma façon des images trouvées sur internet.
Les meubles les plus courants sont, avec de multiples variantes, les aigles (féminines en héraldique), les lions, fleurs de lys, roses, croix, couronnes et toutes sortes d'outils.
En général, les animaux regardent à dextre. Dans le cas contraire, ils sont dits "contournés".
Lorsque les meubles se rapportent au patronyme, on dit les armes "parlantes". Par exemple, le blason de la ville anglaise d'Oxford, sachant qu'en anglais ox veut dire bœuf et ford signifie un gué . Coupé au 1 d'argent au bœuf de gueules, au 2 d'azur à trois fasces ondées d'argent.
Il y a plusieurs autres exemples d'armes parlantes dans les blasons des familles alliées Dardel : Bärfuss, Boy de la Tour, Brennwald, Châtelain, Engelhardt, Favre, Gaille, Gueissaz, La Harpe, Isenschmid, Lewenhaupt, Messerli, Ostervald, Piaget, Storckenfeldt, pour peu que l'on fasse l'analyse étymologique du nom.
Trois règles
- Une règle esthétique : Ne pas mettre métal sur métal ni émail sur émail. dans ce cas, le contraste n'est pas bien marqué, et l'écu peu lisible, et une figure rouge sur un fond bleu ou vert est en effet assez moche. Cette règle s'applique aux meubles et pièces honorables, pas aux détails (feuilles, bec, griffes). Les exceptions à cette règle sont appelées "armes à enquerre", ce qui veut dire fautives. Dans les blasons de la famille, on en trouve plusieurs : Chanel, Darbelley, Dessoulavy, Loup, Martini, Membru...; quant à Magnenat, le pourpre du champ fait exception à la règle émail sur émail.
D'azur au lion d'or(bon)
De sinople au lion d'azur(à enquerre)
D'argent au lion d'or(à enquerre)
- Une règle fondamentale : Tu peux choisir les armes qui te plaisent, à condition qu'elles ne soient pas déjà portées par quelqu'un d'autre. Évidemment, au Moyen-Âge, on ne pouvait pas vérifier avec Google si le blason choisi n'était pas en vigueur à l'autre bout de l'Europe...
- La troisième est une variante de la deuxième : Le blason plein échoit en partage à l'aînéTout autre doit briser comme il est ordonné. Ces deux alexandrins signifient que le blason est en principe transmis par l'aîné de la famille, et que les autres descendants mâles doivent y apporter une modification (brisure) pour se distinguer de l'aîné. Cette règle n'est plus guère appliquée aujourd'hui.
Dans le passé, particulièrement en Suisse, les membres d'une famille modifiaient souvent leurs armes en y ajoutant un détail significatif de leur métier ou simplement pour se distinguer d'autres membres de la même famille. C'est pourquoi j'ai recensé pas moins de treize blasons différents pour la famille Dardel de la région de Neuchâtel.
Ordre du blasonnement
On commence toujours par le fond de l'écu : d'argent à la fasce de gueules. Pour les autres dispositions, on suit l'ordre indiqué ci-dessous : parti d'argent et de gueules, écartelé de gueules et d'argent, etc. Pour le dernier : tiercé en fasce d'or, de gueules et d'argent.
Description des couleurs
Pour éviter la répétition, on blasonne souvent les émaux en se rapportant à ceux déjà mentionnés : du même, du champ, du premier, du dernier, du deuxième etc. Cliquer l'image pour le blasonnement de cet exemple.
Les formes de l'écu
Selon le temps et les pays, la forme de l'écu peut être différente. L'image ci-dessous représente les formes les plus courantes rencontrées en Europe, mais les deux formes françaises sont les plus habituelles, même dans d'autres pays. Dans les présentes pages, j'ai représenté tous les blasons selon la forme française dite moderne, qui date de Napoléon, sauf pour le glossaire où j'utilise la forme française ancienne, plus simple. L'échancrure de l'écu d'Allemagne (à dextre) et de Pologne (des deux côtés) est censée permettre d'y poser une lance. La dernière forme (espagnole) est aussi utilisée dans les armoiries portugaises, flamandes et suédoises.
Les dames portaient souvent un écu ovale ou en losange, mais ce dernier était peu propice à accommoder les meubles du blason.
Les ornements extérieurs
- Lambrequin
- Casque ou couronne
- Supports, tenants ou soutiens
- Devise
- Cimier
- Tortil
- Timbre
Les lambrequins (1) sont des morceaux d'étoffes découpés. Ils décorent la partie supérieure de l'écu, ombragent le casque (2) et penchent à dextre et à senestre, courbés en portion de cercle, en forme de volute. Ils doivent être des mêmes émaux que le champ et les pièces de l'armoirie. Le cimier (5) est quelquefois une figure humaine, mais plus souvent un animal, une trompe, une défense, un bras, une tour, une lance ou autre meuble ; il est posé au-dessus du casque ou de la couronne. Il repose dans notre image sur un tortil (6). C'était anciennement une grande marque de distinction. Tout ce qui est placé au-dessus de l'écu constitue le timbre (7).
Les supports (3) sont des animaux : des lions, des aigles, des taureaux, des sirènes, des centaures, etc., en quoi ils diffèrent des tenants et des soutiens. Deux supports se placent l'un à dextre, l'autre à senestre et paraissent soutenir l'écu. Les supports sont quelquefois les animaux mêmes qui chargent l'écu ; dans ce cas ils doivent être des mêmes émaux ; hors ce cas, on les représente ordinairement dans leur couleur naturelle. La devise et le cri sont des signes de reconnaissance et de ralliement. Quand il n'y a que l'un ou l'autre, on le place sur un liston, espèce de ruban ondoyant (4) en dessous de l'écu. Quand l'un et l'autre font partie des ornements extérieurs d'une maison, on place la devise en la partie inférieure et le cri en la partie supérieure de l'écu. Clic Exemple 1 : des armes imaginaires. Blasonnement : D'azur ondé d’argent à trois poissons du second l’un sur l’autre, au chef de gueules chargé d’une foi d’or. Timbre: un casque taré de trois-quarts. Cimier: un cygne d'argent. Tenants: deux sirènes. Devise: Desinit in piscem.
Les sirènes sont-elles des animaux fantastiques [supports], ou des figures humaines [tenants] ? Je ne sais pas. Clic Exemple 2 : famille von Bülow, du Mecklembourg (Prusse orientale). L'écu se blasonne : D'azur à quatorze boules d'or (4, 4, 3, 2, 1). Il n'y a pas de supports, mais un lambrequin volumineux. Le casque est taré de face, et le cimier est un loriot posé sur le tortil du casque, entre deux ailes chargées chacune d'une proboscide d'azur surchargée de sept boules d'or, le loriot tenant dans son bec un anneau du dernier.
Clic Exemple 3 : ces armes, des comtes russes Rostopchine (patronyme de naissance de la célèbre comtesse de Ségur) sont particulièrement compliquées. Cliquer l'image pour voir le très long blasonnement avec sa devise en russe.
Voir les termes avec des exemples illustrés dans mon glossaire. Voir aussi pour leur blasonnement complet les armes royales de Suède et du Danemark dans la page "blasonnement".
Alliances
Dans les familles d'ancienne noblesse, les seigneurs ont souvent ajouté à leur blason d'origine celui des terres acquises par alliance, ce qui produit des armes comprenant plusieurs quartiers, armes qui peuvent devenir compliquées.
Armes ecclésiastiques
Ces armes sont ornées d'attributs propres à l'Église. Quatre exemples : les armes de l'ordre cistercien, datant de 1119, celles du cardinal Barberini (1623), celles du pape François (2013) et celles du pape Léon XIV (2025). Ordre cistercien(Clic)
Cardinal Barberini(Clic)
Armes du pape François(Clic)
Armes du pape Léon XIV(Clic)
Glossaire
Je vous ai préparé un glossaire quintilingue de l'héraldique de plus de 600 termes (FR-DE-IT-EN-ES), illustré par mes soins. Tous ces termes ont une description en français.
Pratique
Pour vous exercer, voir le blasonnement de plus de mille écus de familles rattachées ou non à la mienne. Je les ai tous dessinés au format vectoriel avec Illustrator®.
Pour en savoir plus
Voici quelques liens qui offrent de nombreux détails sur l'héraldique et l'art des blasons :
- L'héraldique en Suisse.
- Armorial Riedstap Vol.1 avec 250'000 blasonnements, mais sans les images.
- Armorial Riedstap Vol.2. Il faut consulter les deux tomes pour trouver ce que l'on cherche.
- L'héraldique de Généawiki.
- Une page illustrée de Wikipedia avec des termes en français et en anglais.
- Dictionnaire héraldique : tous les termes du blason.
- La science héraldique et l'art des blasons.
- Le héraut des armes : langage du blason, grammaire et glossaire français.
- Les meubles héraldiques sur Wikipedia.
- La liste des meubles héraldiques sur Wikipedia, avec images et description détaillée.
- Les ornements extérieurs sur Wikipedia.
- Héraldique ecclésiastique sur Wikipedia.
- Héral Dick Magazine : un blog extrêmement riche et humoristique.
- A complete guide to heraldry by Arthur Charles Fox-Davies (1909). 623 pages in 42 chapters!
- Wappenbild. Quelques centaines de blasons suisses avec blasonnement en allemand. Ces pages ne sont malheureusement pas très bien organisées.
- Au blason des armoiries.
- Adelswapen (noblesse de Suède, en suédois).
- L'héraldique selon Florence Forgerit alias Flocon, avec des centaines de termes illustrés. Vérifier que l'encodage du texte est en ISO Latin 1 et cliquer "Suivant" au bas de chaque page.
- L'armorial des As : 1400 blasons de la noblesse française, avec images et blasonnement.
- Les règles en vers de l'abbé Ménestrier (1659).
- Les règles en vers de l'abbé Philipoteau (1729).
- Je recommande aussi très vivement l'ouvrage de Pierre Joubert : "Les Armes, initiation à l'Héraldique", publié par Ouest-France en 1977, avec d'abondantes et remarquables illustrations, ou sa version plus récente "Nouveau guide de l'héraldique" de 1984. On le trouve en ligne sous forme de PDF dans son intégralité.
- De nombreux autres liens polyglottes se trouvent au bas de la page Glossaire.
(1) Il y a toujours deux métaux (or et argent) mais le nombre d'émaux varie selon les époques : pour Ménestrier, il y en a quatre (gueules, azur, sable et sinople) ; pour Philipoteau, il y en a cinq, donc il ajoute le pourpre. L'orange est encore postérieur, et très rarement utilisé. Les couleurs sont toujours parfaitement unies et sans nuances de teinte.
Les blasons dans la colonne de gauche sont extraits de l'armorial des familles Dardel et associées.
© François de Dardel
Tag » Art Héraldique
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L'Encyclopédie. [11], Blason, Art Héraldique - Gallica
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L'Art Héraldique - Vuisternens-en-Ogoz
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L'héraldique Et L'histoire De L'art - OpenEdition Journals
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Art Héraldique : La Science Des Blasons - La Maison De L'Afrique
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