Marseille : Le Futur Cinéma De La Canebière Met L'art Et Essai En ...

Il y aurait de quoi en faire un film. Un scénario plein de rebondissements que ne renieraient pas les blockbusters hollywoodiens. Cela tombe bien, c’est davantage vers ce type de films que s’oriente finalement la programmation du futur cinéma Artplexe, en haut de la Canebière (1er).

Alors qu’initialement, ce cinéma de 7 salles et 996 places devait diffuser 70 % d’art et d’essai et 30 % généraliste/grand public, la programmation s’est inversée. Et ce, « au regard de l’évolution de l’offre proposée à Marseille », justifie Artplexe citant « la rénovation notamment des Variétés [à Noailles, Ndlr], mais aussi, l’ouverture de nouveaux cinémas comme la Baleine [sur le cours Julien] et l’Europacorp La Joliette ».

Un changement, acté lundi en conseil municipal, qui fait grincer l’opposition. Patrick Mennucci, ex-maire PS des 1-7, rappelle qu’en 2010 déjà, un projet de MK2 avait avorté au même endroit. « Après 10 ans de pataugeage, on va se retrouver avec ce qu’on ne voulait plus, comme l’UGC Capitole sur le haut de la Canebière [fermé en 2007] », constate l’élu socialiste.

Annoncée pour la fin de l’année, l’ouverture du cinéma, qui comportera aussi trois restaurants et un espace d’exposition, aura lieu « courant 2021 ». Pour rappel, la Ville et Artplexe ont signé un bail emphytéotique de 58 ans sur ce terrain qui abritait la mairie de secteur. Cette dernière s’est déplacée plus bas sur la Canebière, dans l’ancienne Maison de la région, acquise pour 7 millions d’euros.

Autre modification invisible à l’écran mais pas dans les comptes de la Ville : la baisse de la redevance versée par Artplexe. Si la part fixe (1 250 euros par mois, soit 15 000 euros par an) demeure, la part variable va être revue à la baisse. Celle-ci est fixée en fonction des résultats d’exploitation du cinéma. Or Artplexe veut soustraire de ce calcul une subvention du fonds de soutien de l’industrie cinématographique. In fine, le résultat d’exploitation sera plus bas, donc la part variable également.

Vin Diesel ou Louis Garrel, même combat « Dans la mesure où le coût du projet est passé de 8,4 millions d’euros à 13,4 compte tenu des aléas techniques imprévus que nous avons subis, il est nécessaire de revoir les conditions financières initiales », se défend Artplexe. « Cela me pose un problème éthique, déplore Patrick Mennucci. Il est normal de subventionner l’art et essai mais là, c’est incroyable d’aider une entreprise qui décide à la place de diffuser des blockbusters. »

Bref, pas de quoi « valoriser culturellement la Canebière », que la majorité veut transformer en Broadway marseillais. « C’est un projet phare pour la redynamisation de la Canebière, je ne pense pas qu’il faille remettre en question le soutien de la Ville juste pour une question de pourcentage de films », soutient Séréna Zouaghi, conseillère municipale en charge de la mission cinéma. « Ce qui nous intéresse c’est rattraper encore le retard de fauteuil, qui est de 1 pour 75 habitants contre 1 pour 95 en 2018 », se félicite l’élue. Peu importe si le fauteuil est devant Vin Diesel ou Louis Garrel.

Florent de Corbier

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