Points De Non-retour [Trilogie] D'Alexandra Badea
Avec Diagonale du vide, Alexandra Badea achève son triptyque sur les parts d’ombre du roman national français. Un projet qui s’essouffle au fur et à mesure des étapes et vire au mélodrame en son dernier opus.
L’intention d’Alexandra Badea de passer en revue les épisodes honteux et meurtriers du XXème siècle et les flétrissures coloniales est passionnante. Elle lui a donné l’occasion de présenter l’excellent Thiaroye et le très bon Quais de Seine, que l’on peut retrouver aujourd’hui avec plaisir et intérêt dans une scénographie renouvelée, pensée par Velica Panduru. Les comédiens qui les interprètent sont aussi frémissants et déliés qu’ils l’étaient à la création de ces premiers volets. En revanche, la troisième partie, Diagonale du vide, consacrée au scandale des Réunionnais de la Creuse, arrachés à leurs familles entre 1962 et 1984 pour repeupler les départements métropolitains victimes de l’exode rural, sombre dans le mélodrame et le pathos. Ce dernier opus épuise la veine initiale, et l’on peine à suivre les aléas de la mauvaise conscience de ces enfants persécutés par la bêtise et la cruauté politiques, présentés maladroitement comme auteurs et victimes de leur sort. La pièce s’achève sur un engagement à « témoigner pour le témoin » en une sorte de réponse pontifiante à Paul Celan, en rupture avec les habitudes de finesse et de subtilité de l’écriture d’Alexandra Badea.
Exténuation du message par épuisement des effets
La dramaturge excelle depuis toujours à dire les errements de notre espèce et de notre époque par une écriture sensible, qui élucide avec brio les saccages intimes des décisions politiques. Pulvérisés, consacré aux rouages et aux ravages de la mondialisation, reste à cet égard un chef-d’œuvre. La lucidité politique d’Alexandra Badea est d’une efficacité redoutable quand elle évoque le massacre de Thiaroye, qui liquida les tirailleurs sénégalais renvoyés sur le sol africain après avoir participé à la Libération ; de même quand elle raconte, dans Quais de Seine, les hoquets de la mémoire coloniale après la guerre d’Algérie, ce passé qui ne passe toujours pas. Les comédiens incarnant les différents personnages qui enquêtent sur ces crimes d’État, entre autoanalyse et recherche historique, sont tous excellents. Leur performance à tenir la durée du triptyque est à saluer. La mise en scène, revue dans les deux premiers volets pour les intégrer à la trilogie, est fluide et efficace. La réitération des effets – pétales tombés des cintres, passage d’une boîte scénique à une autre, musique obsédante et lourdement hypnotique dans le troisième volet – finit toutefois par donner l’impression sinon de tourner en rond, au moins de répéter à l’envi une évidence que l’on a comprise dès la première pièce : la parole vaut mieux que le silence. Le refoulement est gage de ressentiment, c’est évident. Mais le ressassement l’est tout autant.
Catherine Robert
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